À travers l’Afrique, les entreprises sociales s’attaquent à des défis sociaux, économiques et environnementaux urgents. Pourtant, une grande partie de ce que nous savons sur l’entrepreneuriat social provient du « Nord global », laissant de nombreuses expériences africaines sous-représentées dans la recherche académique.
« C’est précisément ce que nous voulions changer », se souvient Kerryn Krige. « Frederik et moi parlions depuis des années de la manière de construire des ponts scientifiques entre les différents contextes africains. » Le défi n’était pas simplement de produire une nouvelle étude. Les chercheurs avaient d’abord besoin de moyens pour se connecter, collaborer et apprendre les uns des autres.
La première étape fut l’ANSES, l’African Network of Social Entrepreneurship Scholars, que Kerryn avait cofondé en 2017. Grâce à ce réseau, des chercheurs travaillant dans différents contextes africains pouvaient se trouver et commencer à collaborer. « Nous avions une idée de proposition, un réseau pour la mettre en œuvre, mais ce que nous ne savions pas, c’était ce que nous allions faire, ni avec qui », explique Kerryn. « Nous avons donc lancé un appel – et c’est ainsi que nous avons rencontré Souléïmane. »
« Lorsque j’ai vu l’appel à collaboration, je n’ai pas hésité un seul instant. J’ai immédiatement vu une occasion de relier le corpus croissant de connaissances sur l’entrepreneuriat social en Afrique aux réalités spécifiques du Bénin », explique Souléïmane A. Adekambi.
C’est cette conversation qui a donné naissance à RECAPES-B. Le soutien du bailleur de fonds belge ARES a suivi et a contribué à transformer cette idée en une réalité et en un partenariat entre l’Université de Parakou, ICHEC Brussels Management School et la London School of Economics.
« ARES a compris qu’il ne s’agissait pas simplement d’appliquer un cadre de recherche », explique Frederik Claeyé. « Ils ont compris l’importance de développer la recherche académique africaine, les réseaux et les connexions, tout en utilisant une méthodologie qui avait déjà été testée à l’international. »
RECAPES-B s’appuie sur la méthodologie ICSEM reconnue internationalement, développée par le réseau de recherche EMES. L’étude originale a réuni plus de 200 chercheurs pour examiner l’entreprise sociale dans 60 pays. Pourtant, seuls deux pays africains y étaient inclus. En s’appuyant sur ce cadre établi, RECAPES-B relie le Bénin à la conversation internationale plus large sur l’entreprise sociale, tout en restant ancré dans les réalités locales et dans le contexte africain plus large.
Avant la recherche, l’écoute
L’équipe a recruté le chercheur Soulé Adechian. Notre première étape commune a été d’écouter les chercheurs au Bénin. Nous avons entendu des préoccupations récurrentes : financements et infrastructures limités, difficultés d’accès à des données fiables, barrières linguistiques et défis méthodologiques. Ces conversations ont montré que des ateliers ponctuels ne suffiraient pas. Les chercheurs avaient également besoin de relations, de mentorat et d’opportunités pour mettre en pratique de nouvelles compétences.
En octobre 2025, un webinaire national a été organisé afin de réunir les chercheurs béninois et de discuter de l’état de la recherche sur l’entrepreneuriat social.
« Ce qui nous a surpris, c’est de voir combien de chercheurs avaient le sentiment d’être seuls », se souvient Soulé Adechian. « Le webinaire a montré qu’une communauté existait déjà. Elle n’avait simplement pas encore été mise en relation. »
De la formation à une communauté de recherche
Les besoins identifiés lors du webinaire ont orienté l’étape suivante. Après des sessions en ligne introductives, dix-neuf doctorants, chercheurs et universitaires ont participé à un atelier résidentiel intensif à Djougou en janvier 2026. L’atelier combinait exercices pratiques, travail en groupe et réflexion, donnant aux chercheurs le temps de tester leurs idées, de poser des questions et de nouer des relations.
La formation s’est ensuite transformée en recherche. Des étudiants de master ont développé des projets sur l’entrepreneuriat social au Bénin, tandis que Soulé Adechian a commencé son étude de la recherche sur l’entrepreneuriat social en Afrique de l’Ouest.
Ce que nous avons appris jusqu’à présent
Trois enseignements se dégagent. Premièrement, les échanges en ligne sont utiles et permettent de réduire les distances, mais la confiance et la collaboration se développent différemment lorsque les personnes travaillent ensemble en présentiel. Deuxièmement, la formation est précieuse lorsqu’elle débouche sur du mentorat, de la recherche et des échanges continus entre pairs. Troisièmement, les méthodologies internationales peuvent aider la recherche africaine à s’inscrire dans des conversations plus larges lorsqu’elles sont adaptées aux réalités locales.
Derrière ces trois enseignements se trouve une idée plus large : les réseaux sont une infrastructure. Ils mettent les chercheurs en relation, rendent la collaboration possible et permettent aux connaissances ancrées localement de circuler.
Le travail se poursuit
RECAPES-B est né d’une idée et d’un manque de données probantes, mais combler ce manque nécessitait plus qu’une nouvelle étude. Cela nécessitait des relations permettant de définir les questions, d’adapter les méthodes et de partager les connaissances. Le résultat le plus durable du projet pourrait donc ne pas être une publication, mais un réseau de personnes capables de continuer à étudier ensemble ces questions.
Remarque : Cette publication présente les résultats de recherches obtenus dans le cadre du projet RECAPES-B : Capacity building for research in social entrepreneurship in Benin, soutenu par ARES grâce au financement de la Coopération belge au développement. Vous pouvez en savoir plus ici






